La plupart des copropriétaires la voient comme une ligne de plus sur leur appel de charges : la cotisation au fonds de travaux. Obligatoire depuis la loi ALUR de 2014, ce dispositif est souvent perçu comme une contrainte comptable imposée par le législateur, sans lien direct avec la vie réelle de la copropriété.
C'est une erreur de lecture. Depuis l'entrée en vigueur du PPPT (Projet de Plan Pluriannuel de Travaux) issu de l'obligation de PPPT (loi Climat & Résilience), le fonds de travaux est devenu un outil de pilotage financier à part entière. Pour les copropriétés qui l'utilisent intelligemment, il peut considérablement réduire le reste à charge lors des grands travaux de rénovation énergétique.
Dans ce guide, Wilow vous explique comment fonctionne le fonds de travaux en 2026, comment son articulation avec le PPPT a évolué depuis 2025, et comment en faire un levier stratégique plutôt qu'une simple obligation.
Le fonds de travaux en copropriété : bien plus qu'une obligation comptable
La loi ALUR de 2014 : l'origine de l'obligation
Le fonds de travaux a été créé par la loi ALUR (Accès au Logement et Urbanisme Rénové) du 24 mars 2014, codifié à l'article 14-2 de la loi du 10 juillet 1965 sur le statut de la copropriété. L'idée est simple : obliger chaque copropriété à constituer une épargne collective dédiée aux travaux, pour éviter de se retrouver sans ressources face à une dépense imprévue ou à une rénovation lourde.
Concrètement, tous les copropriétaires versent chaque année une cotisation obligatoire, proportionnelle à leurs tantièmes. Cette somme est placée sur un compte bancaire séparé, au nom du syndicat des copropriétaires, distinct du compte courant de la copropriété. Elle ne peut pas être utilisée pour les dépenses courantes : elle est exclusivement réservée aux travaux.
Qui est concerné en 2026 ?
Depuis le 1er janvier 2025, le fonds de travaux est obligatoire pour toutes les copropriétés, sans exception de taille. La loi Habitat dégradé du 9 avril 2024 a supprimé la dérogation dont bénéficiaient auparavant les copropriétés de moins de 10 lots, qui pouvaient s'en exempter par un vote à l'unanimité.
En 2026, la seule exception subsistante concerne les copropriétés neuves (immeuble réceptionné depuis moins de 5 ans), qui peuvent voter à l'unanimité de ne pas constituer ce fonds pendant cette période transitoire.
- Toutes les copropriétés avec au moins un logement sont concernées, quelle que soit leur taille
- Les petites copropriétés de 3, 5 ou 8 lots sont soumises à la même obligation depuis le 1er janvier 2025
- Seule exception : les immeubles neufs de moins de 5 ans (vote à l'unanimité requis pour s'en exempter)
Montants obligatoires, vote en AG et gestion du compte
Les seuils de cotisation selon votre situation
Le montant de la cotisation annuelle au fonds de travaux dépend de si votre copropriété a ou non adopté un Plan Pluriannuel de Travaux (PPT). Selon le cadre fixé par Service-Public.fr, deux situations coexistent en 2026 :
Ces minimums sont des planchers légaux. L'assemblée générale peut voter un montant supérieur, notamment pour anticiper des travaux importants à court terme. Elle ne peut en revanche pas voter un montant inférieur à ces seuils sans exposer la décision à une annulation judiciaire.
Comment le fonds de travaux est-il voté en AG ?
Le montant annuel de la cotisation est voté chaque année en assemblée générale, lors du vote du budget prévisionnel. Il est décidé à la majorité simple de l'article 24 de la loi du 10 juillet 1965, c'est-à-dire à la majorité des voix des copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance.
Pour voter efficacement le plan pluriannuel de travaux en assemblée générale, il est recommandé de présenter simultanément le PPPT et la cotisation au fonds de travaux. Une présentation chiffrée et pédagogique facilite l'adhésion des copropriétaires et l'adoption du bon niveau de cotisation.
Un compte bancaire séparé et inaliénable
La loi impose que le fonds de travaux soit placé sur un compte bancaire séparé, ouvert au nom du syndicat des copropriétaires, distinct du compte courant de la copropriété. Ce compte ne peut pas être utilisé pour les charges ordinaires d'entretien ou de fonctionnement.
Point souvent méconnu : en cas de vente d'un lot, les sommes versées au fonds restent acquises au syndicat. Le vendeur ne peut pas les récupérer, et l'acquéreur n'a pas à les rembourser séparément. C'est un point important à mentionner lors de transactions immobilières impliquant un lot en copropriété.
Fonds de travaux et PPPT : une articulation directe depuis 2025
C'est là que réside le vrai changement de paradigme. Depuis le calendrier des échéances légales PPPT en 2026, les deux dispositifs sont pensés comme un seul outil de planification financière à long terme. Le PPPT définit ce que la copropriété doit faire ; le fonds de travaux définit comment elle va l'épargner pour y parvenir.
Ce que change l'adoption d'un PPPT sur votre cotisation
Dès que la copropriété adopte son Plan Pluriannuel de Travaux en assemblée générale, la règle de calcul de la cotisation minimale évolue. La loi prévoit deux paliers cumulatifs dont le plus élevé s'applique :
- Palier 1 : 5 % du budget prévisionnel de l'exercice (inchangé par rapport à la situation sans PPPT)
- Palier 2 : 2,5 % du montant total des travaux prévus dans le plan adopté
Concrètement : pour une copropriété dont le PPPT prévoit 400 000 € de travaux sur 10 ans, le minimum lié au PPPT serait de 10 000 € par an (2,5 % × 400 000 €). Si le budget prévisionnel annuel est de 150 000 €, le minimum ALUR est de 7 500 € (5 % × 150 000 €). C'est le palier PPPT qui s'applique, car plus élevé.
Cette règle a un objectif clair : aligner l'épargne collective avec les travaux planifiés, pour que le fonds soit réellement mobilisable au moment où les travaux arrivent à échéance.
Cas pratique : la Résidence Les Érables (18 lots, Paris 11e)
Prenons l'exemple d'une copropriété fictive de 18 lots construite en 1973, située dans le 11e arrondissement de Paris. Son DPE Collectif la classe en étiquette E. En 2025, elle fait réaliser son PPPT par Wilow, qui recommande trois scénarios :
- Scénario 1 (structurel) : travaux de conservation obligatoires uniquement — ravalement de façade, étanchéité toiture, mise aux normes électriques → 120 000 € → aucun gain énergétique, DPE inchangé (étiquette E)
- Scénario 2 (optimal) : isolation des combles + remplacement chaudière gaz par une PAC air/eau + VMC hygro B → 280 000 € → meilleur rapport performance/coût, passage en étiquette B, éligible MaPrimeRénov' (gain > 35 %)
- Scénario 3 (maximal) : isolation complète (combles + plancher bas + ITE façade arrière) + PAC collective + VMC double flux + remplacement menuiseries → 490 000 € → étiquette A, patrimoine valorisé au maximum
L'assemblée générale vote le scénario 2 (280 000 €), jugé le plus pertinent pour le rapport performance/investissement. La cotisation minimale au fonds de travaux devient alors :
- Minimum PPPT : 2,5 % × 280 000 € = 7 000 € / an (soit environ 389 € par lot et par an)
- Minimum ALUR : 5 % × 80 000 € de budget prévisionnel = 4 000 € / an
Le minimum PPPT s'applique : 7 000 € par an. En 10 ans, la copropriété accumule 70 000 € dans son fonds, soit 25 % du financement total des travaux, avant même de demander MaPrimeRénov' Copropriété ou l'éco-PTZ collectif.
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Quelles dépenses peut-on financer avec le fonds de travaux ?
Depuis 2025, la loi a clarifié et restreint les dépenses finançables par le fonds de travaux. Cette clarification est essentielle : de nombreuses copropriétés ont par le passé utilisé ce fonds pour des dépenses non autorisées, exposant leur syndic à des risques juridiques réels.
Les 5 catégories de dépenses autorisées en 2026
- 1. L'élaboration du PPPT et/ou du DTG — Le coût du diagnostic lui-même peut être imputé sur le fonds. C'est un point souvent ignoré, qui facilite concrètement le financement du diagnostic initial.
- 2. Les travaux inscrits au PPT adopté — C'est l'usage principal et prioritaire du fonds. Une fois le PPPT voté en AG, les travaux qui y figurent peuvent être financés via cette épargne collective.
- 3. Les travaux urgents de sauvegarde de l'immeuble — Décidés en urgence par le syndic dans le cadre de ses pouvoirs propres, pour garantir la conservation du bâtiment.
- 4. Les travaux de sécurité, de santé ou d'économie d'énergie non prévus au PPT — Par exemple, une mise aux normes électrique imprévue ou une réparation d'étanchéité urgente non anticipée dans le plan.
- 5. Les dépenses urgentes décidées par le syndic — En dehors des cas précédents, si la conservation de l'immeuble l'exige impérativement.
3 erreurs fréquentes à éviter
Erreur n°1 : utiliser le fonds pour les travaux d'entretien courant. Le fonds de travaux ne peut pas financer le nettoyage des parties communes, la peinture des halls ou le ravalement purement esthétique. Ces dépenses relèvent du budget prévisionnel ordinaire. Seul un ravalement associé à une isolation thermique inscrite au PPPT peut être pris en charge.
Erreur n°2 : voter un montant insuffisant par commodité. Se contenter du minimum légal peut être insuffisant si le PPPT prévoit des travaux lourds dans les 5 premières années. Wilow recommande systématiquement de simuler le plan de financement sur 10 ans pour ajuster la cotisation dès le départ, quitte à voter au-dessus du minimum légal.
Erreur n°3 : confondre fonds de travaux et appel de fonds travaux. L'appel de fonds travaux est une contribution ponctuelle votée pour financer des travaux précis et immédiats. Le fonds de travaux ALUR est une épargne continue, préventive et planifiée. Les deux peuvent coexister et se compléter dans le cadre d'un même projet de rénovation.
Maximiser le financement de vos travaux : fonds ALUR + aides d'État
Le fonds de travaux ne couvre jamais l'intégralité d'un projet de rénovation énergétique ambitieux. Sa vraie valeur est d'être le socle d'un plan de financement plus large, dans lequel il se cumule avec les aides d'État disponibles pour les copropriétés.
MaPrimeRénov' Copropriété et éco-PTZ collectif
Pour les projets de rénovation globale, MaPrimeRénov' Copropriété peut couvrir de 30 % à 45 % du montant des travaux (dans la limite de 25 000 € par logement), sous réserve d'un gain énergétique d'au moins 35 % après travaux. Selon le guide des aides ANAH de février 2026, cette aide est versée directement au syndicat des copropriétaires et peut se combiner avec :
- L'éco-PTZ collectif : jusqu'à 50 000 € par logement à taux zéro, remboursable sur 20 ans, pour financer le reste à charge sans intérêts
- Les CEE (Certificats d'Économies d'Énergie) : primes versées par les fournisseurs d'énergie selon les travaux réalisés, cumulables avec MaPrimeRénov'
- Le fonds de travaux ALUR : en complément, pour couvrir la fraction non financée par les aides d'État
En reprenant l'exemple de la Résidence Les Érables (280 000 € de travaux, scénario 2 — 18 lots) :
Résultat : le reste à charge réel pour les copropriétaires est de 84 000 € à taux zéro, remboursable sur 20 ans via l'éco-PTZ collectif. Soit environ 233 € par lot et par an pendant 20 ans — sans intérêts. Voilà concrètement ce que permet un PPPT bien construit, associé à un fonds de travaux bien calibré.
Le PPPT comme outil de pilotage financier sur 10 ans
Le PPPT n'est pas qu'une obligation réglementaire : c'est un outil de gestion patrimoniale. En planifiant les travaux sur 10 ans avec leurs coûts estimés, il permet à votre copropriété de :
- Calibrer précisément la cotisation annuelle au fonds de travaux dès l'adoption du plan
- Anticiper les demandes d'aides et les déposer au bon moment pour maximiser les montants obtenus
- Lisser le reste à charge dans le temps, pour éviter des appels de fonds exceptionnels brutaux et difficiles à absorber
- Valoriser le patrimoine immobilier en anticipant les contraintes réglementaires à venir (DPE, interdictions de location)
Faire réaliser votre PPPT avec Wilow — et profiter d'une modélisation financière complète sur 10 ans intégrée dans le diagnostic.
FAQ — Fonds de travaux en copropriété
Le fonds de travaux est-il obligatoire pour une copropriété de 4 lots ?
Oui. Depuis le 1er janvier 2025, la loi Habitat dégradé a supprimé l'exception dont bénéficiaient les copropriétés de moins de 10 lots. Toutes les copropriétés avec au moins un logement à usage d'habitation sont désormais soumises à l'obligation, sans exception de taille.
Que devient le fonds de travaux si un lot est vendu ?
En cas de vente d'un lot, le vendeur ne peut pas récupérer les sommes qu'il a versées au fonds : elles restent acquises au syndicat des copropriétaires. L'acheteur n'a pas à les rembourser séparément. Le fonds bénéficie donc à la collectivité dans la durée, indépendamment des mutations de lots.
Peut-on utiliser le fonds de travaux pour payer un ravalement de façade ?
Pas si le ravalement est purement esthétique. En revanche, si le ravalement est accompagné d'une isolation thermique par l'extérieur inscrite au PPPT, il peut alors être financé par le fonds. C'est l'un des avantages d'un PPPT bien rédigé en amont : il anticipe ce type d'opérations pour les rendre éligibles au fonds le moment venu.
Comment le syndic gère-t-il le compte du fonds de travaux ?
Le syndic est tenu d'ouvrir un compte bancaire séparé au nom du syndicat, distinct du compte courant de la copropriété. Chaque utilisation du fonds doit être décidée ou ratifiée par l'assemblée générale, sauf en cas d'urgence avérée. Le fonds ne peut pas être placé sur un compte rémunéré sans autorisation expresse de l'AG.
Quel est le lien exact entre le PPPT adopté et le montant du fonds de travaux ?
Dès que la copropriété adopte son PPPT en AG, la cotisation minimale au fonds doit être au moins égale à 2,5 % du montant total des travaux prévus. Ce minimum s'ajoute au seuil de 5 % du budget prévisionnel : le plus élevé des deux s'applique. C'est la raison pour laquelle un PPPT bien calibré entraîne mécaniquement une hausse des cotisations, mais sécurise en contrepartie le financement futur des travaux.
Wilow peut-il m'aider à calculer la cotisation optimale pour mon fonds ?
Oui. Dans le cadre de la réalisation du PPPT, Wilow intègre une modélisation financière complète sur 10 ans : estimation du coût des travaux par scénario, simulation des aides disponibles, et recommandation de la cotisation annuelle au fonds de travaux pour atteindre le financement optimal. Pour commencer, faites réaliser votre DPE Collectif avec Wilow : c'est la première étape indispensable pour construire votre PPPT et calibrer votre fonds de travaux.








